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Accueil de la bibliothèque > Dictionnaire pratique et historique de la musique par Michel Brennet (1926)

Dictionnaire pratique et historique de la musique
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Buffet
Nom masculin.
Ouvrage de menuiserie renfermant les orgues. Dès l'introduction des orgues dans les églises, l'ornementation des buffets fut regardée comme partie importante de l'architecture religieuse et marcha de pair avec celle des rétables, des chaires et des stalles. Les comptes des chapitres et des fabriques conservent de nombreuses mentions des paiements effectués pour la décoration des buffets. Les peintres y concouraient, avec les sculpteurs, par la dorure ou la coloration des tuyaux de montre et l'exécution de volets ornés de figures de saints et d'anges. La beauté de quelques-uns de ces volets les a préservés de la destruction, mais les a fait généralement détacher et transporter dans des musées ou des collections. C'est par exception que ceux de l'orgue de Salamanque, l'un des plus anciens buffets connus (1380), sont encore en place; les peintures sur bois connues sous le nom de triptyque de Najera, attribuées à Memling (1485), et qui représentent le Christ entouré d'anges chanteurs et instrumentistes, proviennent de l'orgue d'un monastère de la Vieille-Castille. En France, le buffet de Perpignan (1504) a été construit dans le style espagnol. Sa façade, de 15 m. de hauteur sur 7 m. 50 de largeur, formant une surface plane divisée en douze compartiments, contenait une centaine de tuyaux peints ou dorés. L'application d'enduits spéciaux, d'une rare solidité, donnait aux tuyaux d'étain une éclatante blancheur, et y mélangeait les ors.

Vers le début du XVIIe s., les façades planes, dont l'orgue de Moret-sur-Loing offre une des derniers spécimens, étaient à peu près abandonné et, depuis près d'un siècle, on disposait de préférence les tuyaux de grandes dimensions en petits groupes formant saillie à l'extérieur et prenant l'apparence de tourelles disposées symétriquement de place en place et aux extrémités du corps principal et du positif. Le beau buffet de la cathédrale d'Albi, œuvre du facteur lorrain Moucherel (1736) est posé au-dessus et en arrière de l'autel occidental sur une vaste tribune soutenue par des murs entièrement revêtus de peintures à fresque, et présente une double rangée de panneaux séparés par des tourelles dont la plus élevée se dresse au centre de la façade et qui sont au nombre de neuf pour le principal et cinq pour le positif; celui-ci, faisant saillie, est posé sur un balcon que soutiennent des cariatides; chaque tourelle est coiffée d'un chapiteau; toutes celles du positif et quatre de celles du principal sont surmontés de statues d'anges ou de chérubins tenant des instruments de musique; une élégante décoration de guirlandes et de panneaux ornés d'emblèmes musicaux réunit les chapiteaux et remplit les espaces de boiseries visibles au dessous de la montre.

Quelques buffets élevés contre les murs de la nef ou dans le transept des églises reposent sur des encorbellements de pierre ou de bois. Celui de l'ancienne abbaye de Luxeuil forme un énorme massif de menuiserie disproportionné à l'instrument qu'il porte. Les dimensions réciproques du principal et du positif varient d'un buffet à l'autre, sans raisons musicales appréciables. Parmi les plus beaux buffets français des XVIIe et XVIIIe s., on peut citer ceux de l'abbaye de la Chaise-Dieu (Haute-Loire), de l'église collégiale de Saint-Quentin (1703), de Saint-Pierre, à Caen, de la cathédrale de Nancy, de Notre-Dame de Saint-Omer (1717), de Saint-étienne-du-Mont à Paris. L'un des plus célèbres est celui que dessina l'architecte Chalgrin pour l'orgue de Saint-Sulpice, à Paris (1781), lourd édifice de 14 m. de hauteur sur 12 m. de largeur, en forme d'un « temple antique », où les tuyaux s'enveloppent de boiseries, d'entrecolonnements et de statues nuisibles à leur sonorité. Mais aucun ne rivaliser de dimensions et de luxe, avec celui de l'abbaye de Weingarten (Wurtemberg), achevé de construire en 1750 et dès l'année suivante admiré par Dom Bedos qui le fit graver dans son traité L'Art du facteur d'orgues. Posé à même du sol de l'église, ce buffet en occupait presque toute la hauteur, 50 pieds (14 m. 30, mesures du Wurtemberg), sur 30 pieds de largeur (8 m. 60) et 27 1/2 de profondeur (7 m. 87), offrant aux regards un assemblage opulent de colonnes antiques, de dais contournés, de fausses draperies, d'urnes, de palmes, d'écussons, de cariatides demi-nues, d'anges et d'enfants musiciens jouant de tous les instruments, debout, assis ou suspendus et de proportions croissantes à mesures qu'ils occupent des étages plus élevés, le tout formant deux énormes tours avancées et deux autres plus petites, réunies par des « montres » partielles qui font l'office de ponts, et surmonté de trois statues colossales, dont celle du milieu est un automate battant des timbales.

Dans d'autres buffets, des figures mécaniques et des roues en formes d'étoiles ou de soleils aux rayons chargés de clochettes concouraient à la décoration. On y voyait jusqu'à la queue de renard, en allemand Fuchsschwanz, sortant d'une boîte pour chatouiller le visage du curieux ou du maladroit qui tirait un certain bouton. Une particularité d'un autre genre et d'essence musicale, qui se remarque encore dans les buffets espagnols, est la disposition d'un jeu de trompette "en chamade", dont les tuyaux horizontaux sortent de la façade et s'avancent, soit au-dessus du positif, soit au faîte du pricipal.

Le XIXe siècle, qui fut, dans l'architecture religieuse, l'âge du pastiche, s'est attaché à construire des buffets « dans le style » de telle ou telle époque; certains buffets du « gothique flamboyant » érigent sur leurs tourelles des flèches prisonnières qui semblent vouloir percer les voûtes pour s'élancer, comme celles des clochers, en plein ciel; Le buffet de la basilique de Saint-Denis, qui est « dans le style du moyen âge », est l'œuvre de l'architecte Debret; celui de Saint-Eustache, à Paris, est de Baltard, celui de Saint-Vincent-de-Paul, à Paris, « en forme d'un arc de triomphe », est de Hittorf.

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